"Balance ton porc" : Deneuve s’en mêle ! #cdanslair 10.01.2018

mercredi 17 janvier

C’est un plaidoyer pour la "liberté d’importuner" qui ne passe pas. Des militantes féministes, des journalistes, des responsables d’associations et des femmes politiques répondent, ce mercredi 10 janvier, à une tribune parue la veille dans Le Monde dans laquelle une centaine de femmes, dont Catherine Deneuve, défendent la "liberté" des hommes "d’importuner" les femmes.
Dans la foulée de l’affaire Weinstein et du mouvement balance ton porc en France, le texte publié dans les colonnes du quotidien du soir dénonce des "campagnes de délation" et "une justice expéditive". "Le viol est un crime. Mais la drague insistante ou maladroite n’est pas un délit, ni la galanterie une agression machiste", soutient le collectif des 100 femmes. Elles s’inquiètent du retour du "puritanisme" et de l’avènement d’"un féminisme qui prend le visage d’une haine des hommes et de la sexualité". Avant de conclure : "les accidents qui peuvent toucher le corps d’une femme n’atteignent pas nécessairement sa dignité et ne doivent pas, si durs soient-ils parfois, nécessairement faire d’elle une victime perpétuelle (…) Notre liberté intérieure est inviolable. Et cette liberté que nous chérissons ne va pas sans risques ni sans responsabilités".
"Dès que l’égalité avance, même d’un demi-millimètre, de bonnes âmes nous alertent immédiatement sur le fait qu’on risquerait de tomber dans l’excès. L’excès, nous sommes en plein dedans (...) En France, chaque jour, des centaines de milliers de femmes sont victimes de harcèlement. Des dizaines de milliers d’agressions sexuelles. Et des centaines de viols", répliquent aujourd’hui dans une tribune publiée sur francetvinfo une trentaine de femmes, dont la militante Caroline De Haas, des journalistes et de nombreuses militantes associatives. Pour elles, les signataires de la tribune du Monde "mélangent délibérément un rapport de séduction, basé sur le respect et le plaisir, avec une violence".
Les militantes féministes ne sont pas les seules à avoir été choquées par cette tribune. La secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les hommes et les femmes, interpellée sur Twitter par l’actrice Asia Argento, a souligné qu’elle ne connaissait aucun "homme qui aurait été renvoyé pour avoir touché le genou d’une femme", contrairement à ce qu’avance la tribune.
Plus critique, l’ancienne ministre du Droit des femmes et sénatrice de l’Oise, Laurence Rossignol, a jugé sur France Inter ce matin que défendre un "droit d’importuner" est une "gifle contre les femmes qui dénoncent la réalité de ce qu’est la prédation sexuelle" et ne "rend service qu’aux prédateurs". Les signataires de cette tribune défendent "un ordre moral traditionnel fondé sur une représentation des sexualités masculine et féminine différenciées, avec des rôles différenciés : l’homme est le conquérant, la femme est la proie". "Cet ordre moral, les féministes doivent le contester et faire rentrer davantage dans le débat actuel la question de l’émergence du désir et du plaisir des femmes comme question politique et collective".

Invités :
- Laurence ROSSIGNOL, ancienne ministre du Droit des femmes et sénatrice PS de l’Oise
- Claude WEILL, éditorialiste politique
- Thomas SNEGAROFF, historien
- Camille FROIDEVAUX-METTERIE, philosophe, professeur de sciences politiques à l’université de Reims et Sciences Po