COUP DE CŒUR Centre de ressources : Ferdaous, une voix en enfer

mardi 4 février 2020

« Ferdaous, une voix en enfer », Naoual el Saadaoui (1977), Éditions de femmes
traduit par Assia Trabelsi et Assia Djebar

Le roman met en scène une psychologue qui rend visite à des prisonnières, et rencontre Ferdaous (‘paradis’, en arabe), une jeune femme accusée du meurtre d’un homme, qui doit être pendue dans les jours suivants. La dureté et la détermination de Ferdaous intriguent, glacent puis fascinent tour à tour cette professionnelle, qui demeure assise à côté de la prisonnière, des heures durant, à écouter le récit de sa vie – enfant des campagnes, jeune femme ayant subi de multiples formes de violences, qui s’est libérée en devenant ‘femme de la rue’, dans l’Égypte des années 1940.

Extrait de la préface, par Assia Djebar, 1981 :
« J’ai surtout haï l’homme qui essayait de me faire la morale ou qui disait qu’il voulait me sauver… Il croyait me sauver uniquement parce qu’il endossait alors le rôle du héros sauveteur, mission qu’il n’avait pu accomplir ailleurs. » (p.18)
Mais l’originalité de « Ferdaous, une voix en enfer » est sans doute dans un regard qui bourscule et perce la traditionnelle dichotomie sexuelle de l’espace, regard qui grossit les corps, pour résister coûte que coûte ainsi à l’étouffement. La nouveauté réside dans le timbre d’une voix qui ne gémit pas, qui ne plaide plus, qui accuse. (p.23)

Extraits du roman :
« Je parlerai d’une femme réelle, une femme en chair et en os. Je l’ai rencontrée, il y a de cela quelques années, à la "prison des Ponts". Je me rendais là alors pour étudier la personnalité de détenues, accusées de délits divers. » (p.27)

« Enfin, j’ai compris que je n’étais pas respectée. Je ne le savais pas auparavant. Il aurait mieux valu ne pas savoir. Jusque-là je dormais profondément. Qui pourrait m’arracher de la tête cette prise de conscience ? Comment pourrait-elle ne plus être une douleur aiguisée comme un couteau me harcelant l’esprit ? Mais elle n’était pas un couteau, seulement des mots qui avaient percé ma tête comme une flèche, juste avant que je cache mes oreilles dans mes mains. Qui pourrait enlever ces mots de mon crâne, comme on enlève des balles, comme on extirpe une tumeur du cerveau ? » (p.158)

« Dans le confort d’un lit, plus tard, sans donner quoi que ce soit d’autre de mon être, sans jouissance, mais sans souffrance, je me suis détendue. Et je découvrais, tout en me retournant dans cette couche, que les hommes révolutionnaires et à principes ne sont pas tellement différents des autres. Grâce à leur intelligence et leurs principes, ils obtiennent ce que les autres prennent avec leur argent. Eux, des révolutionnaires ? Oui, d’accord, mais révolutionnaires comme nous le sommes nous, les prostituées ; la révolution pour eux est comme le sexe pour nous : une chose qu’on affiche, mais aussi qu’on utilise. » (p.187)